Pour point de départ une image du glacier grisonnais «Le Vadret de Tschierva» photographié en 1979 avec un appareil Kodak Instamatic 233 argentique.

RETOURNE / RETURN

Laurence Piaget-Dubuis, prise de vue 1979, installation photographique 2020, 80 cm. Avec l’assistance de Fiona Morandini.

31.1 – 22.3.2020 > Expo collective, «Avant que ne s’évanouissent dans l’éternité du silence les couleurs de nos souvenirs»,  Visarte, Galerie de la Grenette, Sion, Suisse.

Laurence Piaget-Dubuis née en 1971, est une éco-artiste, graphiste et photographe qui s’intéresse à la transformation du paysage et, plus particulièrement, au changement climatique et son impact sur les glaciers de Suisse. Pour ce projet, l’artiste a pris pour point de départ une image du glacier grisonnais Le Vadret de Tschierva* qu’elle a photographié en 1979 avec son appareil Kodak Instamatic 233 argentique. Prise à l’âge de 8 ans lors de vacances en camping dans les montagnes engadinoises avec sa grande-tante et son grand-oncle, il s’agit de sa première photographie de glaciers.

Retrouvée dans les archives familiales au décès de sa mère, l’artiste l’a retravaillée en faisant disparaître 30 % de sa surface. Cette disparition symbolique correspond au recul du glacier grisonnais par dérèglement climatique depuis la fin des années septante. Divisée en 42 tronçons circulaires représentatifs des années écoulées, la surface de l’image manquante est distribuée mathématiquement de manière à former une structure spiralée en paliers teintée de magenta.

Malgré cette suppression, la lecture du paysage reste relativement aisée. En effet, notre cerveau recompose les parties manquantes permettant ainsi de faire abstraction de l’impact profond infligé au patrimoine commun des zones de montagnes. Marquant une absence qui s’inscrit progressivement, la suppression évoque aussi une notion d’irréversibilité – qui est celle des glaciers qui sont condamnés à disparaître. Avons-nous un moyen de ralentir le temps et cette spirale ? Que se passera-t-il lorsque la transformation atteindra 60 % ou 90 % de sa surface ? L’image sera-t-elle toujours lisible ? Comment comblerons-nous cette absence ? Avons-nous le moyen de ralentir le dérèglement climatique ?

Débutée en son point central, pour s’en éloigner de plus en plus, cette œuvre met en relation le passé, le présent et le futur dans une trajectoire sans retour. Cette dernière s’accélère, allant jusqu’à absorber le visiteur lorsqu’il/elle fait tourner l’installation et se laisse entraîner dans un flou cinétique qui fait disparaître le paysage.

L’été 2020, l’artiste retournera sur les lieux à la recherche de traces mnésiques.

Sujet: Fiona Morandini

*Le Vadret da Tschierva se trouve dans le canton des Grisons. Il a une superficie de 5.09 km2 et sa longueur est de 3.96 km (données de 2009). En 1973, le glacier avait une superficie de 7.03 km2. Le changement de superficie relatif équivaut à -27.56 %.
GLAMOS 1881-2018, The Swiss Glaciers 1880-2016/17, Glaciological Reports No 1-138, Yearbooks of the Cryospheric Commission of the Swiss Academy of Sciences (SCNAT), published since 1964 by VAW / ETH Zurich, doi : 10.18752/glrep_series.