Revenu par le labyrinthe de sentiers qui serpentent les plis et replis de la montagne millénaire, le poids de son âme plus lourd qu’à l’aller, le chemin des possibles plus vaste, le regard haut

PENSÉES DES ALPES > ÉVAPORATION

ÉVAPORATION

Dans la palette des gris froids, des pierriers habités de grâce volatile aux ailes feu et des brumes aux densités et transparences variables, le funambule échappé, rit, suspendu entre glace et ciel, le temps se fige presque religieusement et l’extrait du réel.

Lentement, un pas après l’autre, le souffle coupé, dans un balancement qui désarticule ses pensées profondes puis recompose un futur allégé, il rejoint l’extrémité de la grande étendue gelée qui se plisse, se strie et se rétracte au son de l’ondulation frémissante qui irrigue ses veines bleutées puis la soif des hommes, des bêtes, des bateaux et des horizons sableux.

Les roches terre de sienne aux multiples visages et formes balisent et pressent son retour vers les bruits de la ville, les déplacements rapides mécanisés et les couleurs industrielles. La fin d’un monde, si proche mais pourtant toujours plus loin, qui ne restitue plus complètement le même, celui qui le questionne sur l’origine et la destination du voyage.

Revenu par le labyrinthe de sentiers qui serpentent les plis et replis de la montagne millénaire, le poids de son âme plus lourd qu’à l’aller, le chemin des possibles plus vaste, le regard haut. Il faut des kilomètres pour défaire ce que la vie cumule, tendre les muscles, fatiguer les corps pour user les pensées et y faire émerger une joie nouvelle qui sort d’une terre martelée avec courage.

La gravité a déposé dans son lit le corps affiné du glacier, qui par évaporation rejoint invisible les airs, nourrit et gonfle les nuages d’or bleu puis resurgit d’une larme qui roule sur une joue. Parcelle d’éternité qui nous traverse.

Laurence Piaget-Dubuis, (2018)