Carte du glacier du Rhône datant de la fin du 19e siècle réalisée à l’aquarelle et à l’encre de Chine, cette carte unique raconte également l’histoire du début de la recherche sur les glaciers alpins

VOYAGE DANS LE TEMPS III

SOURCE: OFFICE FÉDÉRAL DE TOPOGRAPHIE, SWISSTOPO.ADMIN.CH

 

Une des premières cartes de glacier du glacier du Rhône
L’histoire de cette carte commence en 1874 lorsque le Club Alpin Suisse et la Société suisse des sciences naturelles fondent la Commission des glaciers pour s’impliquer davantage dans ce domaine. Le glacier du Rhône est choisi pour sa facilité d’accès et sa structure typique d’un glacier alpin. Des mesures débutent immédiatement avec le soutien technique du Bureau topographique fédéral, le nom de l’organisme qui devint l’Office fédéral de topographie actuel. En 1881, le topographe Leonz Held reprend la tête du volet technique du projet et réalise la carte proprement dite une année plus tard, en 1882. Entièrement dessinée et peinte à la main, il s’agit d’une aquarelle prenant la forme d’une carte murale mesurant 228 cm de haut sur 115 cm de large et créée à un seul et unique exemplaire. Elle représente la partie inférieure du glacier à l’échelle 1:2 000 et est légèrement orientée nord-nord-est. La mission confiée par la Commission des glaciers demandait à l’origine une carte à l’échelle 1:5 000, mais Leonz Held choisit de réaliser d’abord une carte à l’échelle 1:2 000 pour avoir davantage de place à consacrer aux dessins des mouvements du glacier.

 

Un chef-d’œuvre pictural
La carte ne représente en effet pas seulement la topographie du terrain à un moment donné mais également les mouvements du glacier entre 1874 et 1899. Pour les mesurer, des rangées de blocs de pierre colorées ont été disposées le long des lignes droites perpendiculaires au glacier. La progression annuelle de chaque ligne de pierres a ensuite été mesurée en utilisant comme référence des points fixes marqués sur les rochers bordant le glacier et est indiquée sur la carte au moyen des lignes de couleur successives. Cette technique a permis de mesurer une vitesse d’écoulement allant jusqu’à 210 m par année.

Le sandur (zone située entre la fin du glacier et l’Hôtel Glacier du Rhône à Gletsch) indique un recul déjà bien visible à cette époque. Sur la première édition de la carte Dufour dans cette région, publiée en 1854, le glacier s’étend en effet encore jusqu’à Gletsch. L’état du glacier sur la carte de Held représente celui mesuré en 1874 par Philipp Gosset et les discrètes dates inscrites en noir et en bleu à son extrémité indiquent son recul jusqu’à la ligne bleue de 1899, plus large que les autres. Dans un rapport du Club Alpin Suisse de 1890, Leonz Held décrit cependant les hivers des années 1887 à 1890 comme des phases ponctuelles de croissance, atténuant le bilan annuel qui reste toutefois négatif. Il fait même preuve d’optimisme puisqu’il écrit qu’une phase de progression plus marquée est « probable » dans un futur proche. L’historique des mesures recensées pour le glacier du Rhône situe l’année de croissance la plus proche 22 ans plus tard, en 1912, mais le bilan total depuis le début des mesures reste inexorablement déficitaire.

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