Une mer se meurt de n’avoir de cailloux à nourrir, de nuages à gonfler et de terres à fertiliser le long de ses bras qui caressaient les aïeux jusqu’à l’étroite vallée

NON RETOUR / NO RETURN

Par Laurence Piaget-Dubuis, Mer de glace, Chamonix, Mont Blanc, France.

Une mer se meurt de n’avoir de cailloux à nourrir, de nuages à gonfler et de terres à fertiliser le long de ses bras qui caressaient les aïeux jusqu’à l’étroite vallée.

Perforée et rongée sur un front qui recule, elle ressemble à la carcasse d’un gros animal de légendes, échoué, langue pendante et yeux exorbités, son ventre le charnier dans lequel s’engouffrent nos bleus espoirs.

Les gardiens du temple, disposent des morceaux de pansement sur son corps étendu et gelé, ils contiennent localement sa température et protègent les hommes des dangers qu’ils cautionnent par ignorance, avidité ou bêtise, nul ne le sait plus chez les habillés.

Serpentent en cascades, des kilomètres de rails, de lignes et de passerelles, pour atteindre dans les montagnes toujours plus loin, plus bas le point d’équilibre.

Les boulons ne sont pas serrés, qu’il faut en ferrer de nouveaux. Le cycle brisé s’emballe et les aménageurs à touristes, ne suivent en aval sa course folle.

Des panneaux cloués dans le paysage, indiquent les points du non-retour. Le pèlerinage vers l’originelle montagne, devient le cortège d’hommes vers la fin d’un voyage et d’au revoirs masqués.

Les sacs emplis de kilos de déchets plastiques, la montre rivée au porte-monnaie, il faut consommer, se remplir de l’air condamné, toucher le froid qui décroît pour y croire, puis redescendre dans la ville qui s’étouffe.

Avant que les hommes ne les vendent, air et froid, deux biens communs à préserver.

Laurence